Création

 
 

Mi-mars 2008... négal

Chers amis, voici quelques lignes illustrant brièvement l'évolution de la création d'une sculpture. Fusion entre deux Mondes différents, l'Europe et l'atelier « Bango-Brousse », au Sénégal. Un quotidien hors du commun. Où les rêves deviennent réalités.

C'est en entremêlant passions et rêves, courbes et savoir-faire que mes sculptures naissent progressivement de la terre. Le plus gros de l'oeuvre ce fait au tout début, là ou l'ovule doit s'ouvrir à la vie... Là où il n'existe encore rien. Là où l'étincelle fait jaillir le feu. Là où le feu se transforme en volcan... Pour devenir solide en renfermant des tas de questions !

Un peu d'histoire...
D'où m'est venue cette idée de sculpter des musiciens façon New Orleans


Etant modeste musicien, plus dans l'âme que pratiquant, mais connaissant les vertus décollantes de l'artiste grattant sa guitare; côtoyant de nombreux clubs de jazz, où alcools et rêves se métissent, j'aime observer et aspirer les moindres détails des musiciens tels que leurs pieds, leur bouche, leurs mains, leur cou,... leur corps en mouvement!

Alors, les yeux noyés dans une brume irréelle, mes personnages métalliques surgissent de mes émotions divagantes... extravagantes même... Je rêve; je m'expatrie au milieu de la scène et bénéficie alors d'un tout autre regard où l'instant rencontre le présent.

Dans la musique, il y a les notes qui font vibrer le musicien; Sous ses chaussures se cachent ses doigts de pieds qui se tordent sensuellement, les notes s'inscrivent dans le contour du mollet, des hanches, des épaules. La peau est élastique et glacée de mystères! Le corps se tortille comme un grand décalé, souvent secrètement !

Le petit détail fait la sculpture, enrobe la tôle froide de cette chaleur érotique émanant de la musique.

Déployant sensibilité et sensualité, le sculpteur a la chance de pouvoir arrêter le mouvement. Puis, au contraire, de donner un mouvement à une oeuvre statique et de la mettre en musique sans qu'elle ne bouge physiquement.

Afin qu'elle perturbe le spectateur en l'embaumant de mélodies hors du commun !

Là est peut-être la magie; ma magie !

Le "Sounds" à Bruxelles, endroit idyllique, où l'alcool ingurgité se mêle aux pouvoirs métamorphosiques entre un spectateur et des génies de la musique...

Je débute donc mes sculptures dans ces endroits enfumés, brouillé de visions nocturnes, le vin coulant dans mes veines, déployant toute ma sensibilité afin que mûrisse cette folie de l'artiste.

Je me parle à moi même, divaguant dans l'insouciance du moment; Plus rien n'existe sauf ce "band" avec qui je fusionne à mort ! La musique pénètre alors l'égoïsme de l'artiste, car il peut la manipuler dans son intérieur et la modeler à sa guise! Bizarrement, les courbes sont féminines et synonymes de souvenirs brûlants!

La soirée ce terminera chambre 307 Hôtel Plazza, un bout de papier et un crayon, des esquisses de souvenirs rythmés, le champagne à la main...

Belgique-Sénégal... On oublie la grisaille, l'hôtel, le sable chauffe les pieds, on cogne le métal !

Avant de commencer l'oeuvre, il faut se remettre dans le bain musical, absorber la mémoire des notes et les retranscrire dans un ballet sensuel; les laisser glisser entre chaque vertèbre; Prendre un saxo et se métamorphoser en musicien, en prenant des pauses, douces et expressives! Une fois l 'esquisse choisie, je monte ma sculpture du sol vers les cieux, de la naissance vers la vie éternelle!

D'abord sous forme de contours puis, petit à petit, nous habillons ces kilos de ferrailles entremêlés de tôles martelées et soudées!

Ce joueur de saxo était un nouveau challenge car j'ai essayé de reproduire le visage de Belel, un des gars de l'atelier. Challenge réussi !

Petite anecdote :  à force de toujours lui demander de souffler très fort en gonflant son cou et ses joues, afin de reproduire une scène pleine de notes, il s'est évanoui (quelques secondes seulement) ... Il avait oublié de respirer ! Sous un soleil accablant, avoisinant les 45 degrés !

Dans la sculpture sur métal, le résultat final est toujours loin devant. Cette technique de travail, que j'ai mis au point, demande une grande patience et une bonne part de folie.

D'ailleurs, les Sénégalais ou les Toubabs (mot désignant les blancs en langue wolof) visitant mon atelier disent tous la même chose: Il est fou, ce mec ! Jusqu'où va-t-il aller? Quel sera son prochain challenge?! Ou cet exemple si incroyable de la part de "mes gosses" de la forge:  On arrête de bosser car le seul qui puisse donner la vie, c'est Allah et toi, tu donnes la vie, tu es dangereux.

 



Etant autodidacte, des problèmes techniques de réalisation se posent souvent.

Comment faire pour réaliser ce visage? Comment donner vie à ce bloc de ferraille?... Un tas de questions à résoudre dans l'inconscience du moment ! Les idées ou solutions surgissent le jour ou la nuit, très souvent lorsqu'on ne s'y attend pas. Car lorsqu'on fait une sculpture, on la travaille 24h/24H, on s'offre à part entière au dénouement de l'oeuvre! Elle m'appartient et je lui appartiens. C'est le "deal" ! Elle est ma compagne de l'instant et brûle dans mes profondeurs cachées. Elle connaît tous mes secrets!

Du marteau en passant par la lime, du burin à la forge, du sable à l'enclume,...

Il faut entre 3 et 4 mois pour réaliser une sculpture de taille humaine telle que les musiciens présentés actuellement. Et c'est pour cette raison que ma prochaine expo, intitulée "Metal jazz in the street" n'est prévue que pour 2010-2011, à New-York. Mais avec une avant première en Belgique ou au Luxembourg... On verra!

Actuellement, deux contrebassistes sont exposés chez "Lemonnier", restaurant étoilé à Lavaux-Ste-Anne, endroit somptueux où saveurs et émotions se mélangent. Les oeuvres prendront ensuite la route de la Gaume pour participer à une exposition (août). Juste avant, elles seront du festival de jazz de Bruxelles (mai) et, juste après, elles iront à Monaco chercher un peu de soleil...

Le saxophoniste sera terminé pour la fin mars. Ensuite, j'entamerai le trompettiste ou le trombone; Ou, si j'estime avoir suffisamment de temps entre mes commandes de Chevaux Ardennais pour les Provinces de Namur et Luxembourg, je réaliserais ce qui me tient le plus à coeur : le pianiste lovant son piano à queue !

Fusion érotique !

J'imagine une petite dizaine de sculptures telles que: contrebassistes, saxo, trompettiste ou trombone, accordéoniste fou, pianiste, percussionniste, chanteuse, violoncelle féminin, cora (instrument africain) et éventuellement un guitariste... Tout peut encore évoluer... Ou s'interrompre ! C'est la différence entre les fonctionnaires de l'Etat et les artistes: nous sommes des gens libres d'expressions et faiseur de rêves... Magiciens des temps perdus.

Mes musiciens métalliques seront exposés et accompagnés de vrais musiciens. Je veux créer un événement qui restera à jamais gravé dans les mémoires des spectateurs, dans vos mémoires...

Mon ami Richard Borhinger écrira des textes qui accompagneront les sculptures; ceux-ci seront imprimés sur de grandes bâches de plusieurs mètres de haut.

Et pour le reste, disons que les rêves alimentent mon présent...
 

Gatien Dardenne