Les racines Dardenne
BURGRAFF,ERIC

Page 19, extrait du livre "les racines Dardenne"
Un livre et une exposition cet automne


A première vue, tout sépare ces deux-là. L’âge, le mode de vie, la technique artistique… L’un fut globe-trotter avant de poser dans la brousse du Sénégal. L’autre est depuis longtemps bien rangé dans sa maison de Houyet. L’un est forgeron, l’autre est peintre.

Pourtant, à bien y regarder de près, ces deux-là se ressemblent et s’assemblent. Caractère fort, jeunesse de baroudeur, sens aigu de la confrontation avec les choses et les gens, besoin de solitude, amour de la chasse, créations à couper le souffle… Ces deux-là ont depuis toujours en commun une sensibilité artistique doublée d’un patronyme identique : Dardenne.

Un patronyme pas facile à porter quand on s’appelle Gatien, qu’on a envie d’exister en temps qu’artiste, qu’on doit vivre dans l’ombre de son Milo de père. Être « fils de » sur la scène culturelle c’est parfois aussi encombrant qu’en politique. Alors Gatien s’en est allé. Deux décennies entrecoupées de retours plus ou moins fréquents. Mais Gatien est revenu. L’âge, la sagesse naissante, le besoin de retrouver ses racines. Le père et le fils sont réunis dans une complicité qui n’exclut pas la confrontation.

Un livre témoigne désormais de ce parcours. Il rassemble le peintre et le forgeron. Il raconte les Dardenne père et fils. Il dit leur histoire, leur for intérieur. La plume est trempée dans un encrier où se mêlent sensibilité extrême, sens de la pédagogie et forte personnalité. Cet encrier est celui de Jean-Pierre Pirson, animateur RTBF, enseignant, conférencier, auteur… Cent trente pages de textes et photos pour raconter un duo improbable.

Le livre, édité chez Weyrich, fait d’abord la part belle au fils. « C’est le choix de l’auteur Jean-Pierre Pirson. Et je l’approuve, explique Milo. Moi, à 72 ans, je suis en fin de carrière artistique. Place aux jeunes ! Cela dit, nous travaillons les mêmes thèmes : des chevaux, des gens… Mais Gatien est hyperréaliste. Il achève avec une précision infime ce que j’évoque à gros traits. Mais comme moi, quand il produit une œuvre, il donne tout, il se met à poil. Son Ray Charles au piano grandeur nature, quand je l’ai vu, j’ai cru l’entendre chanter “Love me…”. Et je me suis mis à pleurer… ».

Avant d’en arriver là, Gatien a crevé sous le soleil sénégalais. Il s’y est exilé une décennie, y a monté son atelier d’art. Il a existé là où Milo n’existe pas. « Quand je suis revenu en Europe avec mes sculptures en métal – une technique unique – j’ai commencé à compter en tant qu’artiste.»

À 39 ans, l’homme rêve de se poser. De passer de la tôle forgée au bronze. De chasser. De renouer avec ses racines Dardenne.